Thé, Canderel et Benzos.

10 septembre 2011

Hurry up, We're Dreaming.

Assis dans ce salad-bar coquet de la rue Sainte-Anne de Cracovie je réalise qu'en trois ans la Pologne a véritablement changé. Elle a acquis un "art de vivre" ou plutôt est parvenue à s'approprier le meilleur des cultures anglaise, française et américaine, avec ces bars, ces terrasses de café, ces serveuses élégantes, ces restaurant tantôt mignons, tantôt fastueux. Tout en conservant son identité. Et je crois que j'admire cette transition. Il y a trois ans l'odeur de capitalisme était nauséabonde, les panneaux lumineux, les magasins bondés, les voitures occidentales payées à crédit (avec des taux exorbitants), la frénésie libérale était exagérée. Maintenant, la Pologne a atteint l'harmonie, l'équilibre, presque comme une seconde Suède. Une Suède du pauvre, certes, mais une Suède quand même. Je pense même déceler une pointe de fierté en moi, un patriotisme involontaire, un sentiment de revanche. Je ne sais pas trop d'où ca vient (et je m'en fous), mais c'est agréable. Je me sens appartenir à un groupe, c'est étrange.

Il est 18h et après une journée chargée en visites M. fait une sieste et moi je vais dans le jardin de notre Guest House me vautrer dans un transat orange et lire le Loup des Steppes en buvant du jus de pomme et de groseilles à maquereau. Il y a un mec, la trentaine, expensive haircut and nerdy sunglasses qui lit un guide sur la Pologne en anglais et le fils de la maîtresse de maison, une trentaine d'années également, qui fume sa clope et une demie heure après nous sommes tous les trois autour de la table de jardin en plastique a boire de la vodka aux "gooseberries" dans des verres à shot sur pieds en parlant du sens de la vie. Le mec à lunettes est un physicien irlandais qui vit a Melbourne et travaille sur les effets des microbeams of x-rays on brain cancer cells et l'autre est un chef d'orchestre en Belgique et en Pologne. La conversation commence en français, que nous parlons tous trois, puis s'achève en anglais, dieu que j'adore parler anglais quand je suis saoul. Mes mains tremblent à cause du mélange alcool et antidépresseurs et j'essaye de le cacher et j'y parviens malgré la progression de mon ébriété. "There is no other meaning to life than reproduction, we're just animals that gained the faculty of thinking and we try to find answers where there are actually no questions. We run in circles. Y'know, like a dog trying to catch its tail, obsessing about it." dit le physicien (Jeff de son prénom), et j'aurais dit la même chose il y a un an, coucou le scientisme, mais aujourd'hui ses paroles me dérangent, je suis différent, J'AI CHANGE, je suis plus nuancé, je ne crois toujours pas en Dieu (malgré toute la bonne volonté que j'y mets, la sauce entre Jésus et moi ne prend pas) et j'essaye d'expliquer mon point de vue ET ILS M'ÉCOUTENT. Je trouve ca formidable et j'avais oublié ce que ca faisait. Je parle de religion et de médecine et je me retrouve vite à citer des passages entiers de Plateforme (et heureusement que je me suis tapé L'Antéchrist de Nietzsche cet été), ils ont l'air captivés par ce jeune de 20 ans avec son t-shirt Nirvana et sa barbe de juif qui leur parle de philosophie. Puis on parle musique, on chante Steppenwolf en référence à mon bouquin puis la 7ème de Beethoven en crachant sur la virtuosité vulgaire de Liszt et en comparant Chopin à Miles Davis. Un léger vent souffle dans le jardin ombragé, les murs sont recouverts de lierre. Au fond, du linge blanc immaculé sèche entre des thuyas. Je suis presque heureux.

Dimanche matin, au travers des feuilles du bouleau du parc de l'université Jagellonne, le soleil perce, réchauffant mon corps çà et là. Je suis allongé sur un banc pendant que M. rédige ses cartes postales, à ma droite une fontaine et à ma gauche, la route et les deux sons s'entremêlent et se recoupent dans mon cerveau, la stéréo de la nature me fascine, le clapotis de l'eau est le motif récurrent d'une mélodie dans laquelle les voitures jouent le rôle d'arrangements, aigus comme des violons et parfois grondants et menaçants comme des percussions d'orchestre, parfois lents, parfois rapides, vifs, tournant toujours autour du bruit constant, continu, rassurant de l'eau. Le vent souffle et la seule chose me rappelant douloureusement à la réalité est mon ventre, endolori par une nourriture plus grasse qu'à l'accoutumée. Dieu que je déteste être rappelé à ma réalité charnelle dans ces moments là.

Dans la rue je me sens à l'aise, je n'ai pas l'envie de me cacher et de passer inaperçu que j'ai en permanence en France. Je suis bien. Au magasin je suis capable de demander de l'aide à une vendeuse sans avoir envie de me pendre en même temps, de blaguer avec la caissière en étant serein. Au café je lève l'index avec assurance pour demander l'addition. Je n'ai pas l'impression d'être jugé et j'en oublie de juger en retour, j'ai la sensation d'être jeune et libre et d'avoir l'autorisation de m'en foutre. Je me sens adulte et indépendant tout en retrouvant une innocence que je suis incapable d'atteindre sans weed ou hallucinogènes en temps normal. Et je ne pense pas que les antidépresseurs y soient pour quelque chose. (Ils m'aident à bien dormir et à ne pas avoir envie de crier et de pleurer 10 fois par jour, ce qui contribue déjà largement à diminuer l'envie de mourir). Mais pour une fois je me sens à ma place quelque part.

Cela dit ce sont toujours les mâles alphas à crâne rasés et bras musclés qui sortent avec les Barbies qui me font baver. Le métrosexuel n'a pas encore triomphé dans ces contrées. Je suis là avec mes Sebagos et mon jean APC, mon t-shirt Nirvana acheté a Stockholm, mes Clubmasters, mes cheveux décoiffés et ma barbe de 3 semaines et il y a quand même des filles jolies qui me regardent. "Si seulement P/J/M étaient là, on pourrait tellement pécho". Quand je vois ces jambes, ces cous de pieds, ces fesses et ces seins et surtout ces sourires, je me dis que les femmes polonaises sont formidables. Les femmes françaises omettent trop souvent d'avoir une poitrine et semblent incapables de sourire. La femme polonaise a des cuisses, des fesses, des seins, et parfois même de vrais bras et elle sourit sans véritable raison, et ça me retourne le bide à chaque fois.

Il serait temps que je m'avoue que la seule et unique raison de ma torpeur de ces derniers mois, et de mes excès est en fait un putain de besoin d'amour. Mais j'ai du mal à admettre ce genre de faiblesse. Se sentir incompris et coupé du monde parce que personne ne m'aime. Je repense en permanence a cette fantastique métonymie de Houellebecq dans son poème sur le Monoprix "le vagin reste, malgré tout, une ouverture" et j'ai de plus en plus envie d'y souscrire. Je veux rencontrer ma Valérie à moi. Ou ma Hermine, ce serait déjà ça. Je ne demande rien de plus, en fait. Mais ca reviendrait à admettre que la solitude et l'indépendance que j'ai si longtemps recherchées et cultivées sont en vérité en carton pâte et que tout ceci n'est qu'une vaste farce : je suis comme tout le monde et j'ai besoin de la reconnaissance d'autrui, d'amour, de tendresse et ma solitude n'est pas choisie mais subie. Et ca, je ne l'admettrai jamais. Faut pas déconner, wesh. Mais je tuerai juste pour poser mes mains sur les hanches de cette brune du rayon frais (fromages blancs et yaourts aromatisé pour être précis, les fromages étaient derrière) du Carrefour de Varsovie. (Ou de celle qui regardait le lait de soja en même temps que moi.)

Ou de toutes les autres.

Dans notre appartement luxueux du centre de Varsovie je zappe sur les 867 chaines du câble jusqu'à être absorbé par un programme de téléshopping italien (je voue un culte au commerce, la première chose que je veux visiter dans un pays étranger est toujours un supermarché et je suis fasciné par les émissions de téléshopping, et ce depuis l'enfance, je pourrais passer ma journée à regarder ces petites gens jouer aux acteurs en présentant des objets inutiles.), mais j'ai enlève le son et j'écoute un bootleg de Radiohead au son irréprochable et je me remémore mon été à Varsovie entre la première et la terminale et je me rends compte que j'avais oublié beaucoup de choses, mais que revoir les endroits, les odeurs, fait tout revenir, comme quand je suis passé devant le KFC et que je me suis souvenu de cette rousse qui, il y a 4 ans, était assise à deux tables de moi et me souriait comme personne ne m'avait jamais souri. Elle était jolie, douce, je me souviens de ses traits comme si c'était hier.

Puis je regarde Fashion TV (programme swimwear) en buvant ma bière aromatisée au gingembre. M. ira se coucher assez tôt pendant que moi je boirai du thé en me lobotomisant devant une chaine catholique américaine pour enfants avec des clips sur l'amitié, sur les trains (tchou-tchou makes the train), sur Jésus au quotidien, sur l'abstinence, sur "never play with matches or lighters", sur "i have tourette's but Jesus helped me concentrate in school" et je suis en train de me demander si ma bière ne contenait pas du 2c-e, tout est surréaliste, la fascination qu'exerce la religion ces temps-ci sur moi est grandissante, j'y comprends rien, et plus j'observe les pratiquants moins je les comprends, mais ma fascination demeure.

Ils ont l'air heureux, putain.

"These people experience a tremendous amount of pain and suffering every time something bad happens to them. And the more shitty their life gets, the more they will doubt." m'avait dit le physicien à Cracovie. "True'dat" avais-je répondu (si toi aussi tu rêves de placer des références à The Wire dans ta vie, give me five.) et il avait sourit en levant son verre (et je ne pouvais pas faire de même sans risquer de renverser mon verre à cause des mes tremblements). Cheers quand même, hein.

À Varsovie la présence féminine devient presque agressive, me renvoie de plus en plus ma solitude en pleine gueule ("Les femmes sont de mauvais miroirs, je n'aime pas l'image qu'elles me renvoient, alors quand j'en croise une, je ne la regarde pas." LES VRAIS SAVENT.) et lundi soir j'ai saturé, j'ai été envahi par trop de choses, trop de solitude, trop d'angoisses, trop de doutes et je n'ai pas la force d'en parler à M., doucement je sens que tout remonte et ce n'est pas le moment alors je prends un stilnox que je fais descendre avec ma bière non-pasteurisée (les puristes apprécieront). La première phase euphorique me pousse à sortir seul vers minuit pour ACHETER D'AUTRES BIÈRES (idée géniale au demeurant) et heureusement qu'en Pologne tout est ouvert 24/7, je demande à un mec en survêtement et casquette de m'indiquer le magasin le plus proche et je m'achète deux bières et une glace, je porte mon jean Acne et un t-shirt gris chiné avec poche et mon bonnet en grosse laine marine. Des mecs me traitent de schtroumpf, I'm too high to care. Je croise le wesh de toute à l'heure au retour et il me sourit, je lui demande s'il sait où acheter de la weed dans le coin (je ne savais même pas que je connaissais le mot weed en polonais, mais il est sorti tout seul dans ma phrase.) et il m'explique que c'est compliqué, que dans le centre ville c'est chaud de pécho, et me propose d'aller boire un verre avec ses potes, mais l'idée de me faire gang-banger par des skinheads polonais à casquette Lacoste sur fond d'eurodance ne me tentant que très peu, je refuse poliment, préférant noyer mon désespoir en solo.

Cette nuit là, j'ai dormi comme un bébé.

La fin du séjour serai paisible, quoique marquée par une overdose de jolies femmes, par un désir douloureux, crispation de tous les muscles, mais pas de l'entrejambe, comme pour me rappeler que mon membre est bien mort.

J'ai juste envie d'exister pour quelqu'un.

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04 août 2011

Confusion will be my Epitaph.

 En arrivant chez M. je comprends vite qu'il n'y a rien à fumer ni même à boire et ça m'angoisse : je ne tolère plus vraiment de passer une soirée normale, j'en ai perdu l'habitude. Je sors un vieux pochon de Salvia qui trainait dans un de mes tiroirs et on essaye d'en faire quelque chose mais le goût est immonde et je deviens rapidement nauséeux, je lui propose d'aller acheter du vin, ce sera déjà ça ; en allant uriner je vois qu'il y a du Stilnox dans sa boîte à pharmacie alors je ramène une plaquette. J'en prends deux,il n'en prend qu'un, et on boit du Chardonnay. A 23h, ça y est, tout est simple et beau, je suis léthargique. M. est sur son ordinateur, il dessine sur Paint : "Ce sera la couverture de mon roman.". LCD Soundsystem en fond sonore. Je n'arrive plus à parler.

Au réveil vers 9h je vois M. qui s'habille et putain j'ai mal au crâne et "Mec, je me souviens pas de la soirée" et "moi non plus, aucun souvenir après 23h10". Je me fais un thé et deux cafés et je vais vomir avant de prendre une douche. Je consulte mon compte en banque qui n'a pas bougé ; nous ne sommes probablement pas sorti de la nuit. Je prends mon Blackberry. Je n'ai envoyé aucun sms. Soulagement, joie, je n'ai rien fait de regrettable. Non, mais j'ai appelé Clémence à 1h du matin. "Tu m'as laissé un message de deux minutes sur mon répondeur, je te ferai écouter.". Deux minutes d'onomatopées et de respiration haletante. Black out total, aucun souvenir de ce que j'ai fait entre 23h et 1h, ni même après.

Sur la table, la plaquette de Stilnox est vide.

Une semaine plus tard je suis allongé dans l'herbe chez P. sous 16 milligrammes de 2C-E et le ciel semble être peint à l'aquarelle, dans les cyprès je vois des queues de Paons qui s'agitent, et l'herbe est comme givrée, cristallisée, coupée au scalpel, et le monde entier m'absorbe, le sol se déforme sous mon poids et je m'enfonce dans une bulle d'herbe et je suis heureux. Plus tard je suis sous la couette avec M.et il y a le voyage de Shihiro en Full Hd avec 21st Century Schizoid Man de King Crimson à fond sur la chaîne hifi, la musique semble surgir de partout et nous enveloppe, jamais je n'ai entendu de cette façon, et les images ralentissaient et accéléraient avec la musique, la communion était complète. Sur Epitaph on s'agrippe à la couette et on a les larmes aux yeux.

Et le lendemain on a remis ça, et cette fois c'était Wu Lyf à fond dans la cave de P., il y a plus de monde cette fois-ci, mais je ne les vois pas, je suis seul, totalement seul, je suis happé dans un trou sur le plafond et le temps, l'espace, tout est modifié, c'est comme si le monde autour de moi était sur pause, je réfléchis à ma solitude et à C. et ça ne fait même pas mal, non, tout est mis en perspective, un peu comme sous Windows Vista quand on superpose toutes les fênetres. Je suis dans un rêve éveillé, mon ego n'existe plus, je ne suis qu'un ectoplasme et j'ai l'impression d'être en fusion avec mon environnement, tous les objets sont des prolongements de mon esprit et quand Louisa met sa tête sur mon ventre j'ai l'impression qu'on ne fait qu'un aussi.

Il y a eu des fous rires et j'en ai profité, je savais que ça ne durerait pas.

A midi je suis réveillé par un coup de fil de mon père "Ca ne va pas du tout. On sait que tu te drogues." et je suis en train de me demander si je suis en train d'halluciner ou si cette discussion est réellement en train de se produire, j'ai mal à la mâchoire, j'ai passé la nuit à claquer des dents, j'ai une barre dans la nuque et je suis de plus en plus persuadé que j'ai un ulcère à l'estomac ; je suis en caleçon et mon père se lance dans un monologue sur la drogue "Tu vas nous prendre tout notre argent et tu finiras à la rue et tu vas tout gâcher et on avait confiance en toi" et j'ai le vertige mais je l'écoute et je réponds des "il n'y a pas de dépendance" ou des "j'en ai suffisamment pour tenir encore un an, c'était que 50 euros" ou des "ce n'est pas neurotoxique" dont je ne suis pas franchement convaincu, et puis à un moment c'en est trop et j'explose en larme et je tombe par terre et je hurle "MAIS TU COMPRENDS PAS QUE CA FAIT PRESQUE 9 MOIS QUE J'AI ENVIE DE CREVER. J'AI PENSE QUE TOUT S'ARRANGERAIT AVEC LE RETOUR DE L., AVEC LE FAIT QUE J'AI VALIDE MON ANNEE BRILLAMMENT, AVEC LE FAIT QUE MA PEAU NE REJOUE PLUS MON ADOLESCENCE, MAIS RIEN NE VA MIEUX, RIEN, JE NE ME SUIS PAS REGARDE DANS LE MIROIR DEPUIS UN MOIS, J'AI TOUJOURS EN PERMANENCE ENVIE DE ME FLINGUER ALORS FOUS MOI LA PAIX" et il est interloqué et je le visualise avec ma mère, au restaurant, elle a du lui dire que j'étais déprimé et qu'elle me soupçonnait d'abuser de diverses substances et mon père, l'air benêt, a enfin réalisé que son fils n'allait pas vraiment bien. Révélation. "Pourquoi tu me l'as pas dit avant ?" me demande-t-il et j'en peux plus, j'ai envie de hurler, j'ai envie de tout arrêter, j'ai envie d'arracher mes cheveux, d'arracher ma peau, je parviens à articuler un "Parce qu'on ne se parle jamais" et puis il me dit qu'il doit couper, qu'il doit raccompagner ma mère à la gare, ils sont en Allemagne, ma mère revient dans la soirée.Pendant son voyage ma mère va appeler une dizaine de fois à la maison pour vérifier que je ne me suis pas pendu, mais je ne décroche pas, je suis trop occupé à pleurer en position fœtale par terre. Ou à frapper du poing sur la porte de ma chambre avec pour objectif de la casser, mais je me suis calmé quand j'ai commencé à saigner. La porte, elle, est intacte.

Maman fait irruption en larmes dans l'appartement vers 19h, elle me serre dans ses bras en me disant qu'elle me voyait déjà dans la baignoire, les veines tranchées. Je me sens vide, totalement vide, je bois mon thé en lisant Rester Vivant et je crois que je ne lui ai rien répondu. Elle m'a ramené pleins de cadeaux d'Allemagne et je crois que je suis censé faire semblant d'être content, mais je m'en vais dans ma chambre et elle me rejoint. "Tu vas aller chez le psy cette semaine. Ca peut plus durer. Tu n'es plus toi même depuis un an." et je suis d'accord, je ne vais pas objecter. "Tu veux que je prenne rendez-vous pour toi ?" "Oui". Je n'en ai pas la force. Ou le courage.

Ma psychiatre est une petite dame de 40 ans assez mignonne. Son cabinet est assez spartiate, je remarque surtout un mur de cartes postales, surement des patients qui lui envoient. Elle a l'air amical, une voix chaleureuse et me met vite en confiance. En même temps je n'ai jamais eu de problème pour me confier. Elle me demande de lui expliquer ce qu'il m'arrive et je bute pendant trois minutes sur le début, je ne sais pas par où commencer, je débute mon récit au mois de mai 2010, à la rupture avec C., mais j'aurais du remonter encore plus loin, peu importe, je m'efforce d'être concis et précis, je crois que je résume une année de ma vie en 5 minutes, j'adapte mon ton à ce que je raconte pour capter son attention, elle me dit qu'elle a vécu une situation similaire presque au même âge et je me demande si elle dit ça à tous ses patients ou si c'est vrai. En tout cas, j'y crois, c'est plus simple.

Je me dis que j'aurais bien aimé croire en Dieu aussi facilement. Que la foi m'aurait épargné bien des écueils et que je serais plus équilibré si j'étais comme ce mec grassouillet du reportage sur M6, celui où ils filmaient un groupe de jeunes catholiques qui parcouraient la côte d'azur pour évangeliser les Kévin du Cap d'Agde, je me vois déjà en pantalon de lin blanc et polo, missionnaire catholique style, à chanter des chants religieux, je serais complètement pénétré, en quasi transe mystique ; peut-être qu'au feu de camps du soir pendant que le prêtre nous racontera ses anecdotes (principalement issues de ses nombreux voyages humanitaires au Sénégal) je sympathiserai avec Marie-Charlotte ou Anne-Catherine, nous aurions après tout les mêmes valeurs, bons catholiques, votants à droite, pas racistes mais persuadés, comme Marine Lepen version 2011 que l'immigration est en réalité un problème purement économique. Après quelques soirées je lui proposerais de venir prier dans ma chambre, et elle serait genée, sachant très bien ce qu'une telle invitation implique, nous dormirions ensemble, blottis l'un contre l'autre, je l'embrasserai délicatement mais elle me dira qu'elle est contre l'avortement et la contraception "mais ca tombe bien, moi aussi, c'est marrant qu'on ne se soit pas croisés à cette manifestation Pro-Life en mars !" "C'était la Kermesse de ma paroisse, je n'ai pas pu m'y rendre !" et je lui proposerai le mariage, là tout de suite, dans ce lit une personne surplombé d'une croix en bois sur le mur.La fusion et la communion sans hallucinogène. C'aurait été si simple. J'ai même pas réussi à devenir un bon catholique, j'ai vraiment tout raté.

Elle m'explique qu'une psychothérapie ne lui semble pas utile, que je m'en sors très bien tout seul, mais qu'un coup de pouce chimique peut me faire du bien. Je hausse les épaules, je suis prêt à tout, elle pourrait me proposer de la sismothérapie que j'accepterais bêtement.

"On va te mettre sous antidépresseurs."

Je réhausse encore les épaules et sur le coup ma plus grande angoisse est d'affronter le regard de mon pharmacien, un juif mal rasé avec une gynécomastie et une Rolex, quand il verra "Deroxat" sur l'ordonnance. Ca me gène, c'est un peu mon "pote", on parle de toujours de mes études, il me demande comment va ma dermato (il est sorti avec elle quand ils avaient 20 ans, maintenant elle est marié à un cardiologue) et se lance parfois dans une diatribe contre l'Assurance Maladie ou l'AFSAPSS, et je me demande toujours pourquoi les gens croient que CA M'INTERESSE, mais je souris et ris à ses blagues, je suis gentil. En sortant du centre de santé j'ai envie de cerises et c'est jour de marché, mais il n'y en a plus. Je prends des raisins blancs italiens. Il faut chaud et lourd, il a plu toute la matinée, il y aura de l'orage ce soir. Je m'assois dans l'herbe un peu humide et je mange mes raisins avec Youth Lagoon dans l'iPod.

Je ne me suis jamais senti aussi vide.

Posté par Pea X à 02:18 - Commentaires [8]